STS-135 (07/2011) – Vol ULF7 – Logistique

INFORMATIONS

La mission STS-135 référencée ULF7, est le dernier vol d’une navette spatiale américaine. Après trente ans de programme « Space Shuttle », l’orbiteur Atlantis clôture cette aventure spatiale et humaine avec une mission logistique à destination de la Station Spatiale Internationale.

Initialement appelée STS-335, la mission était désignée par les gestionnaires de la Nasa comme une mission LON (Launch On Need), c’est à dire prévue en vol de secours pour la mission STS-134. Le 20 Janvier 2011, les responsables de la Nasa ont transformé sur le manifeste de vol la mission STS-335 en STS-135. A partir de ce moment là, le vol a enregistré une préparation spécifique pour un lancement effectif, et le 13 Février 2011, la Nasa a informé que la mission STS-135 volerait indépendamment de la situation budgétaire fixée par le Congrés américain. Cette mission, déclare l’administrateur de la Nasa Charles Bolden, s’impose afin d’ajouter un vol logistique à destination de l’ISS, au regard du temps nécessaire au dévelopement d’un nouveau moyen de transport américain devant assurer le fret avec la Station orbitale. Enfin à la mi-Avril 2011, les 5,5 milliards de dollars alloués à la Nasa et à son programme spatial habité lèvent toutes les préoccupations au sujet du financement de la mission STS-135.

Le lancement d’Atlantis et de son équipage, le Cdt Christopher Ferguson, le pilote Douglas Hurley et les spécialistes de mission Sandra Magnus et Rex Walheim, est programmé pour le 8 Juillet 2011. L’équipage est volontairement réduit à quatre astronautes afin de maximiser la quantité de fret embarquée, mais aussi afin d’assurer le rapatriement des astronautes en cas de problème. A cet effet, un accord a été établit avec la Russie et ses vaisseaux Soyouz amarrés à l’ISS.

La chronologie de lancement se déroule sans problème mais le 8 Juillet, jour prévu pour le décollage, les conditions météorologiques sont défavorables et ne laissent que 30% de chance pour un « GO » d’Atlantis. Une heure avant le lancement, les chances montent à 60%. Le compte à rebours suit son cours et le lancement est maintenu.

A T-31 secondes, alors que les conditions météorologiques ne semblent plus être un obstacle à l’envol de l’orbiteur, la chronologie s’arrête en raison d’un signal manifestant une mauvaise rétractation du bras du système d’évacuation de l’oxygène gazeux du réservoir externe. Un examen rapide des gestionnaires de la Nasa, par l’intermédiaire des caméras installées sur la structure du pad 39A, est en mesure de révéler que le bras est en définitif revenu correctement à sa place. Le compte à rebours reprend. A 15:29 UTC comme prévu, la navette spatiale Atlantis s’élance. La mission STS-135 débute.

Après l’ouverture des portes de la soute de la navette à 17:03 UTC, l’équipage commence à configurer Atlantis pour les opérations orbitales. L’antenne en bandes K u est déployée et l’auto-test est effectué avec des résultats satisfaisants. Le lendemain, l’importante inspection de la protection thermique de l’orbiteur est réalisée grâce à la perche OBSS (Orbiter Boom Sensor) montée en extention du bras RMS (Remote Manipulator System). L’examen réalisé par le Cdt Chris Ferguson et le pilote Douglas Hurley ne révèle rien d’anormal, tout est OK et l’équipage se dirige vers les opérations de « docking » avec la Station Spatiale Internationale.

Le 10 Juillet, la navette spatiale Atlantis réalise à 15:07 UTC sa jonction avec l’ISS. C’est le 19ème « rendez-vous » pour cet orbiteur et le dernier d’une navette avec l’avant poste orbital. Après une série de contrôles d’étanchéité, les écoutilles entre les deux vaisseaux spatiaux sont ouvertes à 16:47 UTC, permettant aux deux équipages de se retrouver et de se saluer à l’intérieur de l’ISS. Les opérations orbitales communes peuvent commencer. A cet effet, 12 jours sont prévus afin de livrer à la Station Spatiale Internationale un maximun de fret. La charge utile se compose principalement du Multi-Purpose Logistics Module (MPLM) Raffaello. Ce module pressurisé apporte 16 racks de ravitaillement à l’ISS. Ces charges comprennent des pièces de rechange pour la Station ainsi que des supports scientifiques afin de mener des expériences scientifiques. Le module Raffaello a volé pour la première fois lors de la mission STS-100 en avril 2001. Il mesure 6,4 mètres de long et 4,57 mètres de large, le tout pour une masse avoisinant les 13 tonnes à plein.

Une autre charge utile a pris place dans la soute d’Atlantis. Il s’agit d’un dispositif appelé RRM (Robotic Refueling Mission), devant démontrer une fois installé à l’extérieur de l’ISS, la technologie robotisée de ravitaillement en carburant des satellites en orbite. RRM est composé de différentes interfaces et outils devant permettre, en binôme avec le robot canadien Dextre, la validation de ce concept mis au point par le Goddard Space Flight Center de la Nasa. Enfin, la dernière passagère de la soute de l’orbiteur est la plate-forme légère Lightweight Multi-Purpose Carrier (LMC). Cette dernière a supporté à l’aller le dispositif RRM, et au retour de mission, supportera un module de pompe d’ammoniac défaillant, à des fins d’analyse par les équipes de techniciens à Terre.

Après le positionnement du module Raffaello au nadir du module Harmony de l’ISS, l’unique sortie extravéhiculaire devant accompagner le programme de la mission débute le 12 Juillet à 13:22 UTC. L’EVA n’est pas assurée par les membres d’équipage de la navette Atlantis. Il assistent et pilotent toutefois la sortie spatiale depuis l’intérieur de la Station, sortie spatiale réalisée par leurs collègues résidents de l’ISS, Ron Garan et Mike Fossum. Durant les 6 heures et 31 minutes de travail spatial, les astronautes tranfèrent le module de pompe défectueux de la plateforme ESP-2 de la Station spatiale, vers la palette Lightweight Multi-Purpose Carrier (LMC) dans la soute d’Atlantis. Ensuite, ils s’emparent du dispositif RRM fixé à la palette LMC, et l’installent sur une extension de la borne électromécanique PDGF du module Destiny. Plus tard, RRM sera installé sur la plate-forme ELC-4 de l’ISS. Le programme de l’EVA continue avec le déploiement total de l’expérience MISSE-8. Cette dernière a été mise en place lors de la mission STS-134, mais en raison de l’installation simultanée de l’instrument AMS-02, elle n’avait pas pu être totalement déployée. Ron Garan réalise l’opération avec succès. Après d’autres tâches, repositionnement de câbles sur un point d’ancrage du module Zarya et positionnement d’un couvercle de protection à l’extrémité du module Tranquility, les deux marcheurs de l’espace rejoignent le sas Quest. L’EVA prend fin à 19:53 UTC. Cette sortie extravéhiculaire est comptabilisée comme la 160ème consacrée à la construction ou la maintenance de la Station Spatiale Internationale, et la 249ème impliquant des astronautes américains.

Les jours suivants sont en grande partie consacrés au transfert de fret entre le module logistique Raffaello et l’ISS. Le cargo a été chargé d’environ 4300 kg de matériel divers, principalement composés de racks et de palettes de fournitures devant assurer l’approvisionnement des équipages à bord de la Station spatiale. Notons entre autres, huit plates-formes de rangement et de ravitaillement (DSR), deux plateformes de rangement intermédiaire (FAI), six casiers de rangement ravitaillement (RSR) et un rack de rangement zéro ainsi que de la nourriture pour une année. Ce travail de manutention voit aussi l’évacuation des déchets et des matériels indésirables vers Raffaello, le tout pour 2600 kg.

Parrallèlement aux opérations de transfert, qui nécessiteront en définitif une journée supplémentaire de vol, les équipages se sont prêtés aux interviews d’usages avec les médias. La mission STS-135 étant la dernière pour une navette spatiale, quelques surprises ont été de même proposées aux astronautes, notamment des messages et chansons spéciales des chanteurs Elton John et Paul McCartney, pour les « Wake-up calls » (Chansons de réveil). Durant la mission, le président Barack Obama a conversé quelques instants avec l’équipage, les saluant pour cette dernière mission de la navette , tout en notant qu’elle a également « inauguré une nouvelle ère passionnante pour repousser les frontières de l’exploration spatiale et les vols habités. »

Hormis un problème technique, vite résolu, intervenu le 10 juillet à 22h07 lorsqu’un des cinq ordinateurs principaux d’Atlantis s’est soudainement arrêté, l’ensemble de la mission s’est réalisée de façon optimale. Les opérations du « undocking » (séparation) interviennent le 18 juillet. Les membres d’équipage de l’Expédition 28 et d’Atlantis se font leurs adieux et ferment les écoutilles entre les deux vaisseaux à 14:28 UTC, terminant ainsi 7 jours, 21 heures et 41 minutes d’opérations orbitales communes. Le lendemain, la navette se sépare de la Station Spatiale Internationale à 06:28 UTC. Après 37 missions et 276 jours, 11 heures et 23 minutes d’amarrages cumulés, ce désarrimage marque la fin des voyages de la navette américaine à destination de l’ISS.

Après avoir pris le temps de déployer en orbite basse un picosatellite nommé PSSC-2 (Pico-Satellite Solar Cell) devant valider de nouvelles technologies de cellules solaires, la navette spatiale Atlantis réalise juste avant l’aube du 21 Juillet, un atterrissage sur la piste 15 du Kennedy Space Center de Floride. Les roues de l’orbiteur s’arrêtent à 09:57:54 UTC.

Cet instant marque la fin d’une incroyable aventure spatiale et humaine. Trente ans, 135 missions, 872 millions de km parcourus, 355 astronautes impliqués, des milliers de personnes travaillant au programme, des centaines de charges utiles déployées ou exploitées, la naissance de la première base orbitale internationale, l’enthousiasme de dizaines de millions de personnes à travers le monde, ne peuvent certes pas faire oublier les investissements colossaux et surtout la perte tragique de 14 astronautes, attachés aussi à l’existence d’une telle épopée, mais la navette spatiale marquera à jamais l’histoire spatiale par son incroyable bravoure et son étonnante longévité.

 

DONNÉES

  • Navette spatiale: Atlantis
  • Date de lancement: 8 Juillet 201
  • Heure: 15:29 UTC
  • Site: Pas de tir 39A, Kennedy Space Center, FLORIDE
  • Date d’atterrissage: 21 Juillet 2011
  • Heure: 09:57 UTC
  • Site: Piste 15, Kennedy Space Center, FLORIDE
  • Durée de la mission prévue: 12 jours, 18 heures, 28 minutes, 50 secondes
  • Orbites: 200
  • Insertion orbitale: 226 kilomètres
  • Rendez-vous: 350 kilomètres
  • Inclinaison orbitale: 51,6 degrés
  • Distance parcourue: 8 505 161 kilomètres
  • Charge utile: MPLM Leonardo Multi Purpose Logistics Module – Leonardo (Module logistique multi-usages – 4500 kg à vide)
  • RRM Robotic Rueling Mission (Dispositif pour le ravitaillement des satellites – 249 kg)
  • LMC Lightweight Multi-Purpose Carrier (Plate forme de soutien légère – 429 kg à vide)
  • PSSC-2 Picosatellite Solar Cell Testbed 2 (Rendement de cellules solaires basées sur les nouvelles technologies – 3,7 kg)
  • TriDAR (Caméra 3D à double détection laser, destinée à un usage potentiel pour les « rendez-vous » autonome – kg)
  • Pump Module (Module de pompe d’ammoniac (voyage retour) – 354 kg)

 

ÉQUIPAGE

  • Composante: 1 femme et 3 hommes
  • Commandant: Christopher Ferguson – Etats Unis
  • Pilote: Douglas Hurley – Etats Unis
  • Spécialiste de mission: Sandra Magnus – Etats Unis
  • Spécialiste de mission: Rex Walheim – Etats Unis